Faire autrement pour faire mieux : un an de Kethura, au milieu de la vraie vie

On peut aimer ce qu’on construit et avoir besoin de souffler.

Être engagée dans son travail, présente pour sa famille, avoir des projets qui nous tiennent à cœur… et devoir revoir la façon dont on essaie de faire tenir tout cela ensemble.

Le 7 octobre, Kethura a eu un an. En regardant cette première année, je vois les accompagnements, les formations et les collaborations. Je vois aussi la vie dans laquelle ils ont pris forme.

J’étais fondatrice, mais aussi maman, fille, femme et employée. Je composais avec les conséquences d’un accident: la douleur, les IRM, les infiltrations et les traitements Je construisais au milieu de tout cela. Peut-être que vous ne développez pas une entreprise. Vous essayez peut-être de soutenir un proche, de répondre aux exigences du travail, d’accompagner votre enfant dans une période difficile ou de faire une place à un projet qui attend depuis longtemps.

La question peut néanmoins être la même : comment avancer lorsque la vie demande déjà beaucoup?

Apprendre à écouter, même lorsqu’on connaît

Un moment me revient particulièrement : mes infiltrations, auxquelles j’ai très mal réagi. Cette période m’a amenée à porter davantage attention à ce que je vivais. En physiothérapie, on me parlait de stress. Pourtant, je ne me sentais pas stressée. Mes trapèzes et mes rhomboïdes étaient très tendus; ma perception ne rendait pas compte de tout ce qui était observé. Cela m’a invitée à poser des questions, à écouter les professionnels qui m’accompagnaient et à laisser une place à ce que je n’avais pas encore compris. Ma formation et mon expérience me donnent des connaissances et des repères. Elles ne me dispensent pas d’apprendre, de recevoir du soutien ou de revoir ma lecture d’une situation.

J’ai appris à respirer, à prendre du recul et à examiner mes priorités. À agir sur ce que je pouvais prendre en charge et à accepter que certaines choses demandent du temps. J’ai décidé de faire autrement pour faire mieux.

Le mouvement comme point d’ancrage

À travers cette année, continuer à m’entraîner et à donner des cours de groupe a été un point d’ancrage. Le mouvement gardait une place dans ma vie, au milieu des responsabilités, des rendez-vous et des projets. C’était un espace où je pouvais bouger, retrouver le groupe et revenir au moment présent. Mais ma façon de m’entraîner devait aussi évoluer.

J’ai choisi d’élargir ma pratique en ajoutant le Pilates et le yoga à mon arc. J’avais envie de continuer à bouger tout en explorant des façons de le faire qui correspondaient davantage à mes capacités du moment. Cela m’amenait à porter attention à ma respiration, à mes sensations et à la manière dont je réalisais les mouvements. Plutôt que de rester centrée sur ce que je ne pouvais plus faire comme avant, j’ai cherché ce qui demeurait possible et pertinent pour moi. Comme ma mère le dit toujours : « Pourquoi se faire souffrance? » Cette phrase me faisait sourire, mais elle soulevait aussi une bonne question : qu’est-ce que j’essayais de maintenir, et à quel prix? Je pouvais rester engagée dans mon entraînement tout en ajustant mes attentes et ma façon de pratiquer.

Faire autrement devenait une façon de poursuivre ce qui comptait pour moi.

Je me donnais aussi des rendez-vous avec moi-même pour bouger, m’entraîner et prendre soin de mon énergie. Ces moments n’étaient pas toujours longs ni parfaitement planifiés. Ils me permettaient de préserver une régularité et de maintenir cet engagement envers moi-même.

Cette expérience rejoint une réflexion plus large : lorsqu’une situation change, nos moyens peuvent évoluer avec elle. Un objectif peut rester important tout en demandant un autre rythme, une autre méthode ou des attentes révisées.

Apprendre à écouter impliquait aussi de reconnaître ce qui me faisait du bien et méritait d’être préservé. Pour moi, le mouvement et les liens créés dans les cours en faisaient partie. Il fallait leur donner une forme qui tenait compte de ma réalité.

La clarté au milieu du chaos

Cette année, la clarté a pris une forme concrète : mieux comprendre une situation pour décider où agir, avec les ressources disponibles. Lorsque les responsabilités se multiplient, on peut devenir très efficace pour répondre aux demandes sans avoir l’occasion d’examiner l’ensemble. On gère le rendez-vous médical, le dossier urgent, le transport des enfants, la réunion d’école. Chaque élément trouve sa place, mais l’organisation repose parfois sur une disponibilité difficile à maintenir. Vous connaissez peut-être cette impression : tout avance, mais vous restez celle qui doit penser à la suite.

Prendre du recul permet de regarder la situation sous plusieurs angles. Quelles sont les exigences réelles? Qui porte quelles responsabilités? Quelles attentes pourraient être discutées? Quelle place reste-t-il pour vos propres besoins?

La clarté commence lorsqu’on peut préciser ce qui pose problème, au-delà du sentiment général d’en avoir trop.

Ce qui se manifeste mérite d’être examiné

Une impatience inhabituelle, des décisions qu’on reporte ou l’impression de ne jamais terminer sa journée peuvent attirer notre attention. Ces manifestations ne donnent pas, à elles seules, une explication. Elles invitent à examiner ce qui se passe.

Prenons une mère qui se reproche de manquer de patience au retour du travail. Avant de lui demander un effort supplémentaire, il est pertinent de considérer cette transition : doit-elle préparer le repas, superviser les devoirs et organiser les déplacements du lendemain, tout en répondant encore à des messages professionnels? Comment ces responsabilités sont-elles partagées?

Ou une femme qui souhaite évoluer professionnellement, mais reporte une décision depuis des mois. Quelles seraient les conséquences sur son revenu, sa disponibilité familiale et ses engagements actuels? Quelles informations lui manquent pour se positionner?

Dans une perspective psychosociale, on examine les liens entre la personne, ses relations et son environnement. On considère ses compétences, ses besoins, les contraintes rencontrées et le soutien accessible.

Cette lecture permet de chercher des réponses adaptées à la situation plutôt que de ramener chaque difficulté à un manque individuel d’effort ou d’organisation.

Des besoins à traduire en décisions

Reconnaître un besoin constitue une première étape. Il faut ensuite examiner comment lui donner une place concrète. Avoir besoin de soutien peut mener à revoir la répartition des tâches, y compris leur planification. Avoir besoin de prévisibilité peut demander une entente plus claire sur les horaires. Avoir besoin de récupération peut nécessiter de réduire certains engagements. Si vous restez responsable de rappeler, vérifier et anticiper chaque tâche déléguée, une partie importante de la charge demeure entre vos mains.

Quelques questions peuvent aider à préciser la suite :

  • Quelle responsabilité repose actuellement trop sur moi?

  • Quelle attente mérite d’être clarifiée ou renégociée?

  • De quelle information ou de quel soutien ai-je besoin pour décider?

  • Quel changement concret aurait le plus d’effet sur mon quotidien?

L’objectif est de choisir un point d’intervention pertinent et réalisable, puis d’en évaluer les effets.

Respirer dans la tempête

Pour moi, apprendre à respirer et à prendre du recul a aussi permis de retrouver une marge entre une demande et ma réponse. Cette marge pouvait servir à vérifier ma disponibilité avant d’accepter un mandat, à revoir une échéance ou à reconnaître qu’une journée contenait déjà suffisamment d’engagements. Les responsabilités et les incertitudes étaient toujours présentes. Je pouvais néanmoins choisir plus consciemment la prochaine action, au lieu de traiter chaque demande comme si elle avait la même priorité.

Vivre le moment présent prenait également une forme simple : être dans le cours que je donnais, dans l’échange avec une personne, dans le mouvement que je faisais. Accorder mon attention à ce moment sans exiger qu’il règle tout le reste. Cela impliquait de revoir certaines attentes de perfection. Un projet pouvait avancer par étapes. Un repas pouvait être simple. Une séance d’entraînement pouvait être adaptée. Une conversation importante pouvait recevoir toute mon attention, pendant que le reste attendait.

Aborder une chose à la fois devenait une façon de travailler avec ma capacité réelle.

Redéfinir la meilleure version de soi

À force d’entendre qu’il faut devenir la meilleure version de soi, on peut finir par ajouter un autre objectif à une liste déjà longue.

À quoi reconnaît-on cette « meilleure version »? À sa capacité de répondre à tout? À une carrière en progression, une maison organisée, une présence constante auprès des enfants et une discipline sans faille? Cette année m’a amenée à revoir mes critères.

Je souhaite continuer à apprendre, à contribuer et à développer mes projets. Je veux que cette progression tienne compte de ma santé, de mes responsabilités et de ce qui compte pour moi.

Cela demande parfois de poser une limite, d’accepter un résultat suffisamment bon ou de revoir une organisation qui fonctionnait auparavant. Les besoins évoluent : un enfant qui grandit, un parent qui nécessite davantage de soutien, un changement professionnel ou un problème de santé peuvent modifier l’équilibre établi.

« Trust the process » a pris cette signification : agir avec les informations disponibles, observer les effets de mes choix et ajuster la suite.

La question que je retiens aujourd’hui est celle-ci : quelle décision me permettrait d’avancer dans ce qui compte, tout en tenant compte de la réalité que je vis?

Ce que cette année vient préciser dans Kethura

Cette première année a permis à Kethura de prendre forme à travers les accompagnements individuels et familiaux, les projets auprès de mamans et d’adolescents, les formations et le soutien au développement des pratiques professionnelles. Les personnes accompagnées arrivent avec une histoire et une situation qui leur sont propres. Il peut être question de charge mentale, de préoccupations familiales, d’une période de changement ou d’une situation complexe dans laquelle il devient difficile de savoir comment agir. Parfois, plusieurs besoins se superposent. Il faut répondre au quotidien tout en essayant de comprendre ce qui se passe. On peut savoir qu’un ajustement est nécessaire sans encore parvenir à identifier lequel, ni comment le mettre en place.

Mon travail consiste à examiner cette situation avec la personne : préciser les enjeux, considérer son environnement, reconnaître les ressources disponibles et dégager des pistes d’action adaptées. Mon baccalauréat en criminologie, ma mineure en psychologie et mon expérience en intervention soutiennent cette démarche.

L’écoute permet de comprendre ce que la personne vit et ce qu’elle cherche. L’analyse aide à établir des liens et à distinguer les priorités. Ensemble, nous pouvons ensuite travailler sur des décisions, des façons d’intervenir ou des ajustements concrets. Cette attention prend également forme dans les projets collectifs. Avec « Un espace pour toi », auprès de mamans, la réflexion et le mouvement se rencontraient autour de la charge mentale et de la santé mentale. L’activité physique et le Pilates adapté faisaient partie de l’espace proposé pour prendre un temps pour soi.

Mon mandat auprès d’Archer Académie mobilise cette expertise dans un autre contexte : la formation, l’intégration et le développement professionnel en sécurité privée. Les enjeux y concernent notamment la relation avec le public, les situations complexes et les interventions qui demandent du jugement.

Il faut alors traduire les connaissances en repères utilisables sur le terrain. Que doit-on observer? Comment comprendre la situation? Quelle intervention privilégier? Quand solliciter du soutien? Les formations permettent de travailler ces questions à travers des explications, des échanges et des mises en situation.

D’un accompagnement à une formation, le fil conducteur demeure : comprendre la réalité dans laquelle une personne doit agir et lui donner des moyens pertinents pour le faire. Cette année a aussi précisé ma manière de construire Kethura : écouter avant de conclure, faire une place au contexte, ajuster lorsque la réalité change et préserver ce qui soutient la capacité d’avancer.

« Faire autrement pour faire mieux » est devenu une intention que j’applique à mon propre parcours et que je mets au travail dans mes mandats.

Une première année qui s’est construite avec vous

Merci aux personnes qui m’ont confié une part de leur réalité et aux partenaires qui ont fait une place à Kethura dans leurs projets. Votre confiance, nos échanges et les défis sur lesquels nous avons travaillé ont contribué à faire grandir Kethura et à préciser ce que je souhaite y apporter.

Je tiens aussi à remercier ma mère, mon mari et ma belle-sœur pour leur présence et leur soutien au fil de cette année. Vous avez une place dans cette histoire, derrière les projets comme dans le quotidien.

Cet anniversaire est aussi l’occasion de reconnaître cela : les liens, les collaborations et le soutien qui rendent la suite possible.

Merci de faire partie de cette première année.

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Revenir à soi, un micro-choix à la fois